L’annonce d’un prochain déplacement du roi Felipe VI et de la reine Letizia à Sebta et Melilla remet les deux présides occupés au centre des tensions entre le Maroc et l’Espagne. Présentée le 3 septembre par le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, cette visite est annoncée « dans les prochaines semaines », sans date officiellement arrêtée.
Il s’agirait du premier déplacement de Felipe VI dans les deux villes depuis son accession au trône en 2014. La séquence intervient à un moment particulièrement sensible, alors que Madrid cherche à renforcer son dispositif à Sebta après les arrivées massives enregistrées fin juillet et que Rabat rejette toute accusation d’implication dans l’organisation de ces mouvements migratoires.
Au Maroc, la perspective de ce déplacement royal a rapidement suscité des réactions. La « Commission pour la libération de Sebta, Melilla et des îles qui en dépendent », présidée par Yahya Yahya, s’est réunie à Al Hoceima pour examiner les suites à donner à l’annonce espagnole.
Selon son président, plusieurs dizaines de personnes ont participé à la rencontre, dont des acteurs originaires de Sebta et de Melilla. Yahya Yahya considère la visite annoncée comme une nouvelle provocation dans un dossier qu’il inscrit dans la question de la souveraineté marocaine.
Le responsable affirme toutefois que les initiatives de sa commission resteront strictement pacifiques. Il écarte toute logique de confrontation militaire ou sécuritaire et dit privilégier les moyens politiques, civils et symboliques pour défendre ce qu’il présente comme une revendication nationale.
Au-delà de Sebta et Melilla, l’attention se porte également sur plusieurs îlots et positions sous contrôle espagnol situés à proximité immédiate des côtes marocaines. Selon le média espagnol The Objective, le ministère espagnol de la Défense aurait renforcé la surveillance autour du rocher de Badis, du rocher d’Al Hoceima et des îles Chafarinas.
Le média affirme que les autorités espagnoles redoutent notamment qu’une mobilisation présentée comme pacifique puisse chercher à accéder à l’un de ces sites. Le rocher de Badis serait, selon cette même source, l’un des points faisant l’objet de la plus grande vigilance.
The Objective avait également rapporté que certains responsables militaires espagnols estimaient que le rapport de forces avec le Maroc avait évolué au cours des deux dernières décennies. Ces appréciations restent toutefois attribuées aux sources citées par le média et ne constituent pas une position officiellement exprimée par les autorités espagnoles.
Pour Yahya Yahya, le renforcement sécuritaire espagnol ne ferait que rendre plus visible la dimension militaire de la présence de Madrid dans ces territoires. Il maintient néanmoins que son mouvement n’envisage aucune action armée et entend limiter ses initiatives au terrain politique et civil.
Le président de la commission a également renouvelé un appel aux militaires espagnols musulmans d’origine marocaine servant à Sebta, Melilla ou dans les positions insulaires. Il les exhorte à ne pas participer, selon ses propres termes, à des actions qui pourraient viser leurs « frères marocains », tout en inscrivant ce message dans une démarche qu’il présente comme pacifique.
La visite annoncée de Felipe VI renvoie inévitablement au précédent de novembre 2007. À l’époque, le roi Juan Carlos Ier s’était rendu à Sebta et Melilla, une première pour un souverain espagnol depuis plusieurs décennies. Le déplacement avait suscité une vive réaction de Rabat.
Près de vingt ans plus tard, le dossier conserve la même charge politique et symbolique. Entre crise migratoire, surveillance militaire renforcée et nouvelle visite royale annoncée, Sebta et Melilla reviennent ainsi au cœur d’une relation maroco-espagnole pourtant engagée depuis 2022 dans une phase de rapprochement diplomatique.


